Le suicide est déshumanisant


La semaine dernière, j’ai rencontré une patiente atteinte d’un cancer métastatique à l’urgence qui m’a confié qu’elle envisageait de se suicider en Suisse avec l’aide d’un médecin. Elle ne souffrait pas physiquement de son cancer (elle n’avait même pas besoin d’analgésie), mais sa souffrance morale était lourde. Elle m’a avoué qu’à son âge, elle ne se faisait plus d’illusions sur la vie, et qu’elle pouvait en finir. Elle n’était pas plus seule que la plupart d’entre nous, qui menons une vie indépendante, à l’aise, et n’avons jamais recherché une vie de communauté. Elle n’en aimait pas moins son entourage, même sa fratrie éclatée. Elle avait aussi sa part d’accomplissements, et était bien appréciée dans son domaine. Mais à un certain moment, la maladie l’a arrachée à son confort. On se demande alors si toute l’espérance qu’on a nourrie pour notre vie a été vaine.

Cette provocation n’est pas banale, ni théorique. La question du suicide assisté se pose concrètement dans notre expérience : « Ma vie a-t-elle une valeur? Mon existence mérite-t-elle d’être embrassée?» Cette demande si cruciale, qui se pose en face de la maladie, m’a incitée à me consacrer au service des malades, à eux qui sont un rappel vibrant que l’essentiel de la vie, sa beauté, est présente à tout instant. Oui. Il existe une tension dans le coeur de l’homme vers l’infini, un désir insatiable qui le mène vers la réalisation de son destin. Le suicide est déshumanisant, puisqu’il sous-tend que l’être humain est néant, alors qu’il est fait, il est.

Laurence, Etudiante en médecine

Montréal

Posted in: Blogroll on April 8th by shannon


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